L’océan, c’est l’immensité bleue. Sous sa surface, on imagine aisément le plancton, les thons, ou les dauphins. Cette partie visible peut être comparée à la fine couche d’humus sur terre, là où la vie s’épanouit. Dans l’océan, c’est la couche épipélagique (0-200 m), son épiderme.


Au-delà de 200 mètres, la zone mésopélagique, dite crépusculaire, marque le passage du bleu au noir. C’est la porte d’entrée de l’océan profond, un univers de pénombre, peuplé de créatures tout droit sorties de notre imaginaire.

Pour survivre dans cet environnement extrême, les organismes ont développé de remarquables adaptations. Pour naviguer dans l’obscurité permanente, les poissons-lanternes possèdent des yeux presque aussi grands que leur tête et utilisent la bioluminescence pour éclairer leur environnement, chasser, se camoufler et communiquer.


Dans les profondeurs, la nourriture est rare et les espèces ont développé des stratégies uniques. Le «grand avaleur» a une mâchoire et un estomac extensibles lui permettant d’engloutir des proies bien plus grandes que lui. Les poissons-vipères, armés de longues dents, capturent leurs proies d’un coup sec. Quant aux poissons-pêcheurs, ils attirent leurs victimes avec un leurre abritant des bactéries lumineuses. Certains crustacés projettent des nuages lumineux pour désorienter ou paralyser leurs proies. Malgré son nom inquiétant, le calamar vampire se déplace avec la grâce d’une ballerine et survit en se nourrissant de débris organiques.







Quand les mâles deviennent de simples passagers… Dans l’immensité de l’océan profond, trouver un partenaire est un défi. Pour y remédier, les minuscules poissons-pêcheurs mâles s’accrochent à une femelle, fusionnent leur corps et leur système circulatoire avec le sien, devenant des “parasites sexuels” permanents.


Ces adaptations fascinantes n’offrent qu’un aperçu des incroyables mécanismes de survie développés par la vie abyssale. L’océan profond recèle encore d’innombrables secrets.
Les organismes des grandes profondeurs ne sont pas seulement une source de nourriture essentielle pour des espèces emblématiques comme les baleines ou les thons – eux-mêmes pêchés et consommés par l’homme. Leur rôle va bien au-delà.





Savez-vous quelle est la migration la plus massive de la planète ? Celles des organismes profonds ! Chaque jour des billiards de créatures effectuent un balai entre la surface et les grandes profondeurs. Pourquoi ? Parce qu’il vaut mieux avoir faim que de finir dévoré.


Profitant de l’obscurité, ces créatures remontent vers la surface la nuit pour se nourrir, puis replongent dans les profondeurs à l’aube, échappant ainsi aux prédateurs qui rôdent en plein jour.
Ce ballet joue un rôle clé dans la régulation du climat. En se nourrissant en surface, ces organismes absorbent le carbone atmosphérique capté par la photosynthèse. Puis, en descendant dans les profondeurs, ils libèrent ce carbone par leur respiration, leurs déjections ou en se faisant dévorer. Résultat : des millions de tonnes de carbone sont piégées dans l’océan profond, où elles restent stockées pendant des siècles.
Sans bruit, ces organismes jouent ainsi un rôle primordial dans la régulation de notre climat. Vous comprenez donc à quel point il est crucial de les étudier et de les protéger !

Ces créatures étranges, sont de plus en plus menacées par les activités humaines. Le changement climatique bouleverse leur habitat: hausse des températures, acidification des océans, diminution de l’oxygène…


Parallèlement, après avoir surexploité de nombreuses espèces côtières, la pêche industrielle tente désormais d’étendre son emprise vers les grandes profondeurs. L’exploitation des fonds marins pour extraire du pétrole, du gaz ou des minerais aggrave encore cette situation.
À cela s’ajoute une pollution omniprésente : des millions de tonnes de plastique ou de produits chimiques infiltrent les chaînes alimentaires. Parce que ces impacts restent invisibles à nos yeux, ils créent une dangereuse illusion d’éloignement, masquant une catastrophe silencieuse qui menace la survie de milliers d’espèces – y compris la nôtre.


Lors de nos expéditions, nous avons découvert des dizaines d’espèces inconnues. Pourtant, même ces nouvelles espèces portaient déjà la marque de notre empreinte : plastique dans l’estomac, contaminants dans leurs chairs.

Si l’on ne prend en compte que le changement climatique, nos recherches montrent que la biomasse de ces organismes pourrait diminuer de 20 % d’ici la fin du siècle. Nous détruisons ces alliés invisibles et silencieux dans la lutte contre le dérèglement climatique.
Et toi et moi, que pouvons-nous faire ?L’océan est le réceptacle ultime de toutes nos activités humaines. Un simple morceau de plastique, même utilisé loin des côtes, a de grandes chances de finir dans l’estomac d’un poisson à des centaines, voire des milliers de kilomètres. Les écosystèmes marins, les fleuves, les sols, l’air que nous respirons, tout est lié, rien n’est isolé.

La seule solution réellement efficace est de réduire notre consommation, que ce soit de plastique, de produits chimiques, de médicaments, et consommer de manière responsable les ressources vivantes. Chaque action compte!
Il en va de notre survie de protéger ces écosystèmes fragiles, ces poissons «moches» mais qui jouent un rôle vital : ils nous protègent, régulent notre climat et nous nourrissent. En préservant les espèces marines et leur habitat, nous nous offrons une chance de construire un futur où les vies—humaine et non-humaine—peuvent s’épanouir ensemble.

Notre équipe étudie les écosystèmes marins dans leur globalité et complexité, de la dynamique des courants à la répartition des prédateurs.






Pour étudier les propriétés physiques et biogéochimiques, nous mesurons les courants marins et de nombreux paramètres (température, oxygène ou fluorescence), et collectons de l’eau jusqu’à 1 000 mètres de profondeur afin de mesurer les concentrations en éléments chimiques et en nutriments, mais aussi pour étudier les bactéries et le phytoplancton.
L’acoustique active, à l’instar des dauphins, utilise des ondes sonores pour détecter la répartition des organismes, qu’il s’agisse de zooplancton ou de grands prédateurs. Elle nous permet également de révéler des structures physiques à fine échelle, telles que les ondes internes.


Pour collecter le zooplancton, nous utilisons différents types de filets. Pour collecter des organismes de plus grande taille, crustacés, céphalopodes ou poissons, nous déployons des chaluts pélagiques jusqu’à 1 500 mètres de profondeur..
Chaque organisme collecté est une pièce précieuse de notre puzzle scientifique. Nous étudions leur taxonomie afin d’identifier et de classer les espèces, leur biodiversité pour comprendre la richesse des écosystèmes, leur écologie pour révéler leurs rôles et interactions, et leur niveau de contamination pour évaluer leur exposition aux polluants, tels que les microplastiques et les métaux lourds.


Cette approche écosystémique nous permet de percer les mystères de la vie dans l’océan ouvert et de mieux comprendre son rôle crucial dans la régulation des écosystèmes planétaires.
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